Interview

Entretien avec Hervé COCHET

Entretien avec Hervé Cochet.


D'où vient ce livre quelque peu imposant et très original ?
HC : C'est une véritable chronique écrite au long d'une aventure citoyenne, je m'en explique dans l'avant-propos. Des circonstances dramatiques secouaient la petite cité où je vis et où j'ai grandi, cela m'a poussé à participer avec souci, bonheur et engagement à un mandat d'élu, et l'idée m'est venue de cueillir et commenter des mots, des phrases, des évènements, des sentiments, le long de ce chemin absolument nouveau pour moi. Je ne savais pas que j'étais en train d'écrire un livre… C'est à mi-chemin que le projet de cet ouvrage s'est imposé. J'aime la pensée, j'aime saisir au vol un bout de réel pour tricoter les idées qui s'y nichent et ainsi, prendre du recul et mieux comprendre. Ça calme aussi, car être élu, au milieu de la Cité, c'est un océan d'émotions, un torrent !

Peut-être pouvez-vous nous esquisser un mode d'emploi de ce petit dictionnaire ?
HC : En fait, il y a deux ouvrages en un. Il peut fonctionner comme un dictionnaire, espèce de catalogue de concepts choisis à consulter par tout citoyen un tant soit peu préoccupé par les activités que mettent en œuvre les humains pour s'organiser entre eux un vivre-ensemble… Mais il est aussi une véritable chronique, un récit de séquences philosophiques ancrées dans la réalité politique et humaine d'un quotidien. La politique a besoin d'être vécue de l'intérieur, elle a besoin de témoins qui exportent à l'extérieur, auprès de tous, ses ressorts et questionnements qui, l'air de rien, fonctionnent en tout temps et tout lieu, sont universels et font notre vie sans que nous le sachions clairement.

Un exemple…
HC : Prenons un terme qui finalement n'est pas dans l'ouvrage, "étude" ! Combien d'études et de préétudes sont lancées, réalisées, rendues ! Mais si l'on s'arrête devant ce mot une foule de questions apparaît : "j'étudie", studio, comment cela se dépeint, qu'est-ce qui se passe intérieurement pendant cette activité, et que découvre "je" sur lui-même en étudiant ? Combien, ainsi, l'étude de l'"étude" peut nous apporter à chacun !
À qui s'adresse-t-il alors ?
HC : À tout un chacun, ce n'est pas un manuel spécialisé… Bien au contraire, j'espère qu'il inspirera chacun dans son rôle citoyen, les enjeux qui nous attendent en ont bien besoin. Il peut aussi inspirer les élus en place, les sciences sociales, les associatifs… partout où les humains se regroupent pour faire avancer quelque chose !

Qu'avez-vous ressenti pendant ces années d'élu de la République ?
HC : Outre le déluge de sentiments contradictoires que je signalais déjà, j'ai traversé la fantastique découverte d'un continent caché que de nombreux habitants doivent ignorer toute leur vie, ce qui est dommage. Regarder fonctionner la Cité, réfléchir et, mort de trouille, agir, révèle la force active des idées, les turpitudes de l'humain, mais aussi le mystère des temporalités qui nous emportent… Je veux dire par là que Histoire, Institution, Décision sont ces véritables entités vivantes avec lesquelles il faut compter sans cesse, elles prennent corps et mouvements, ce sont des grosses bêtes à connaître pour oser croire les apprivoiser quelque peu ! Il me semble avoir, maintenant que c'est derrière moi et rassemblé dans ce livre, croisé l'intemporel et l'universel de ce que les humains essaient de faire ensemble depuis qu'ils existent. Le singulier est un reflet du tout… et je ne savais pas que c'était ce reflet que je cherchais à capter !

Que voulez-vous nous dire, au fond, avec du recul ?
HC : L'âme humaine en train de faire au quotidien, sur la place publique… Combien de minutie, de douceur, de modestie manquent et combien de courage, de réflexion et de ténacité sont là, mobilisés au jour le jour ! S'il me fallait dire un seul mot après plus de 600 pages, ce serait étonnamment celui de "beauté"… Les humains devraient être fiers d'arriver à vivre ensemble, car c'est loin d'être évident. C'est un défi sans cesse repris, particulièrement contre eux-mêmes, c'est en cela que c'est beau.

Et qu'avez-vous appris pour vous, pour votre philosophie, pour vivre ?
HC : J'ai tout d'abord confirmé, en tant que citoyen du Monde, ma conviction que l'Humanité tout entière doit urgemment s'arrêter au bord du chemin pour discuter, faire le point, trier et partager. Ce n'est pas un rêve, c'est carrément une nécessité, et ce n'est pas impossible. Avancer toujours, ça ne marche pas, c'est une évidence. Ensuite, ma passion de pédagogue, plus exactement de "développeur du penser", pour l'autre et pour moi-même, s'est trouvée renforcée. La denrée qui devrait le plus circuler entre nous tous, je le répète, c'est la réflexion, l'archéologie et la généalogie de nos idées, envies et passions. La seule chasse qui vaille, c'est la "chasse aux liens" : "Pourquoi et pour quoi faisons-nous telle ou telle chose ?". Et méfiance quand la réponse vient vite… Je crois qu'il nous faut habiter encore plus que jamais du côté de la question, et non du côté de la réponse… même si ce petit dictionnaire semble en contenir beaucoup !

Que diriez-vous à celui ou celle qui se détourne après avoir examiné votre ouvrage dans les rayons de sa librairie ?
HC : Libre à toi, bien sûr, mais reviens-y en pensée pour écrire le tien en regardant et réfléchissant tous les jours ce que tu vis dans la Cité. Nous sommes seuls, ce n'est qu'entre nous que nous pourrons nous aider !

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CAHIER DU CIS.H N°1, octobre 2020


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