Articles de presse

Un recueil d'articles sur la littérature d'enfance

Sous la direction du Pr Alain Joseph Sissao de l'Institut des sciences des sociétés, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs burkinabè et français a entrepris de mettre en commun leur réflexion sur la littérature d'enfance. Cela donne un ouvrage de 221 pages intitulé : L'émergence de la littérature d'enfance et de jeunesse au Burkina Faso. Etat des lieux, dynamique et avenir. Edité chez l'harmattan en 2009, ce livre est un condensé de propos de spécialistes (Vincent Ouattara, Mamadou Lamine Sanogo, Oger Kaboré, Issa Diallo…) qui d'une façon ou d'une autre ont abordé la question littéraire destinée à cette frange de l'humanité, dont le psychanalyste Sigmund Freud disait qu'elle est " le père de l'homme ". Ce dont il est question dans cet ouvrage, ce n'est pas les écrits produits par les tout-petits, mais ceux, même lorsqu'ils sont concoctés par les adultes, les mettent au cœur de l'intrigue. L'avertissement du coordonnateur est important à ce titre lorsqu'il précise page 18 : " la littérature est comprise en tant qu'œuvre de fiction et de création langagière à prétention esthétique. Les œuvres de littérature orale une fois transcrite entrent dans le champ de la littérature de l'enfance. Mais lorsqu'elles ne sont pas encore recueillies, transcrites, et traduites dans des livres, il est difficile de les répertorier et de les intégrer dans le champ de la littérature de l'enfance. " Néanmoins, les différents auteurs ne s'intéressent pas forcement au genre écrit. Certains ont privilégié l'analyse du conte pour montrer comment ce genre complet de l'oralité africaine, à vocation tant ludique que didactique, peut être un bon socle pour la littérature d'enfance au Burkina Faso. Ce lien entre enfance et conte est très fort de sorte que, la plupart des articles n'ont pu échapper à cette emprise thématique. Ainsi, l'ouvrage permet de comprendre comment, aussi bien chez les Moose, les Dioula, les Peul que chez leurs maîtres (ou vice versa) les Bobo, ce genre n'en finit pas de dévoiler toute sa richesse. Cependant, l'univers littéraire burkinabè en matière de productions écrites pour l'enfance, bien qu'assez appréciable en quantité (cf. répertoire fait par Sissao) reste à parfaire en qualité. Ce qui amène le chercheur Henry Tourneux, éditeur de la collection "conte et légende" chez Karthala à tirer cette conclusion : "l'offre de littérature nationale destinée à la jeunesse n'est pas négligeable, mais elle souffre principalement de l'absence de véritables éditeurs nationaux (au sens de l'anglais editor à distinguer de publisher), que dénote le non-respect des normes minimales de présentation d'un ouvrage ainsi que l'abondance de fautes de grammaire et de fautes typographiques qu'on y relève souvent. " Vous auriez sans doute compris qu'il s'agit des productions littéraires dans la langue de Molière, qui est et demeure après cinquante ans d'indépendance, la langue officielle de l'école et de l'administration publique. La problématique de la littérature d'enfance touche ainsi au fondement même du projet de société que l'on veut bâtir sur le plan national. En effet, de nombreuses études ont démontré le nombre insignifiant de Burkinabè qui font un usage correct du français, langue de cette littérature. Le riche patrimoine culturel burkinabè en terme de genres de l'oralité a besoin, pour être transmis au peuple, d'un canal qui suppose une accessibilité du plus grand nombre. Cette équation aurait peut-être pu être résolue dans le cadre d'un apprentissage qui permet aux enfants d'apprendre à lire et à écrire dans leurs langues maternelles dès la sortie du berceau. Et comme " la culture c'est ce qui reste lorsqu'on a tout oublié ", une lecture faite dans la langue du terroir aurait de multiples avantages. Chaque enfant qu'on enseigne, disait le poète, est un homme qu'on gagne. L'enseignement qui est un moyen d'inculquer les valeurs nobles de nos cultures africaines devrait donc utiliser les outils mêmes de ces cultures. Sinon, c'est toujours avec amertume que nous constaterons avec le Français Henry Tourneux qu' " Au Burkina Faso, comme dans tous les autres pays francophone d'Afrique, le livre est toujours considéré comme un produit de luxe et, malgré les efforts des éditeurs nationaux parfois aidés par les institutions internationales, il demeure inaccessible au plus grand nombre. L'école, peut-être trop focalisée sur les programmes, n'a pas su non plus créer un lectorat populaire." No comment !

Par Ludovic O. Kibora

JOURNAL L'EVÉNEMENT, N°194, août 2010

http://www.evenement-bf.net/pages/culture_194.htm