Distant et peu réfléchi, le rapport d'identification à l'Europe des jeunes Français
de milieux populaires issus de l'immigration est propice à l'ambivalence, entre
enchantement et désenchantement. L'approche qualitative adoptée permet de mettre
en valeur les mises en récit d'un sentiment d'appartenance à l'Europe, fondées sur
la mobilisation d'expériences sociales aux frontières du politique, qui passent souvent
par les affects. L'identification à une communauté politique européenne des jeunes
Français de milieux populaires issus de l'immigration, renvoie d'abord à l'adhésion
à un socle de valeurs humanistes, dont le football apparaît comme le principal
vecteur. Cette identification passe ensuite par un certain désenchantement lorsque
les enquêtés évoquent leurs croyances religieuses, ou celles de leurs pairs, comme
mises à l'index pour leur incompatibilité avec certaines valeurs dominantes